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Photo: JEAN-PIERRE MULLER / AFP
Président de La Fabrique Ecologique où il a piloté un groupe de travail sur les territoires au coeur de la transition énergétique, Géraud Guibert est aussi conseiller maître à la Cour des comptes, ancien directeur de cabinet du ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie et fondateur du pôle écologique du PS. Avant sa participation aux débats du DD le 9 décembre, il a accepté de nous livrer sa vision de la transition écologique.
Comment concilier temps politique et urgence écologique aujourd'hui ?
Il ne faut pas se tromper, le temps écologique est un temps de moyen et de long terme, mais il a déjà des conséquences à court terme. Il faut donc à court terme réparer le long terme.
Ensuite, il faut repérer les éléments de contradiction entre une démarche d'écologie positive et les contraintes de la crise: il y a un problème de compétitivité dans notre pays, avec des investissements d'avenir à rétablir. Ne pas tenir compte de l'évolution des prix de l'énergie et ne pas donner une priorité plus forte à la transition énergétique est une erreur économique. Il devient crucial d'arriver à convaincre de cette urgence, comprendre que si la compétitivité en souffre à court-terme, les choix faits correspondent à nos intérêts à moyen et long terme. Les décideurs ont tendance à oublier cette réalité, alors que ce saut écologique est un saut de valeur ajouté majeur pour notre développement.
Croyez-vous en la possibilité de trouver des solutions démocratiques aux défis actuels ?
Je vais vous faire une réponse de normand: l'idéal serait d'adapter nos processus de décision pour mieux y faire rentrer le long terme, mais il ne faut pas se réfugier derrière ces projets pour ne rien faire du tout. Les institutions actuelles peuvent être réformées de manière importante, c'est un élément qui doit être très présent dans le débat démocratique, notamment sur des questions comme la santé, etc.
Prenons un exemple: le principe de précaution. Les décideurs ciblent en permanence le principe de précaution, mais comme d'habitude et par hasard ils ne sont jamais touchés, les gens n'acceptent plus qu'on prenne des risques pour eux, sans savoir pourquoi on prend ces risques (au XIXè siècle l'avantage du chemin de fer était évident). Aujourd'hui nous n'acceptons plus les investissements sans être associés ni consultés.
Comment faire évoluer notre système politique pour une meilleure efficacité décisionnelle ?
Au-delà des propositions de Dominique Bourg que je soutiens, à court terme nous pourrions revoir la logique dans laquelle s'enferme l'office parlementaire d'évaluation des choix techniques et scientifiques, sans vue sociétale des problèmes; on pourrait le remplacer par un office parlementaire des choix techniques et écologiques. Au delà des réformes de long terme cela pourrait facilement être fait.
Le Conseil Economique, Social et Environnemental pourrait aussi être rénové afin de dépasser le consensus et trancher les débats quand cela est nécessaire. C'est pour cela que nous avons aussi besoin de gens qui pensent de manière hétérodoxe. Actuellement nous sommes trop orthodoxes !