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Photo: Sylvia Fredriksson
Juliette Decq et Antoine Ebel sont étudiants à Sciences-Po et membres de CliMates, un think-tank international étudiant sur le changement climatique. Dans la tribune suivante, ils estiment que les efforts nécessaires pour opérer la transition écologique sont une opportunité pour mieux intégrer les jeunes dans les processus démocratiques. Avec un message fort: "faites nous confiance !"
C'était mieux avant...
Il y a un an et des poussières, paraissait dans Libération une tribune à l’intitulé provocateur : « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! ». Le titre résonne encore ; le message, un peu moins. Le journaliste Mouloud Achour et le communicant Félix Marquardt y exposaient pourtant une vérité simple, certes difficile à digérer : « pour la première fois depuis bien longtemps dans cette partie du monde, une génération au moins – la vôtre – vivra […] moins bien que la précédente. »
Si les auteurs prenaient soin d’y égrener les raisons de ce fossé intergénérationnel – mondialisation, chômage persistant, économie à l’arrêt, méfiance envers la jeunesse – un élément important manquait à l’appel : l’écologie. Le changement climatique, entre autres facettes de la crise écologique actuelle, cause par exemple une injustice fondamentale : les émissions de gaz à effet de serre produites à un temps donné ne se répercutent que quarante à cinquante ans plus tard, du fait de l’inertie du réchauffement des océans. De plus, certains gaz à effet de serre continuent d’agir pendant des centaines d’années. En 2013, année marquée par des inondations historiques en Europe, des records de froid en Asie, ou plus récemment le méga-typhon Hayian aux Philippines, nous avons donc subi les effets humains et économiques des émissions de nos parents et grands-parents. Et nous continuerons de les subir pendant encore longtemps.
Rarement les conséquences des actions d’une génération ne se sont autant fait sentir sur la suivante – en tout cas de manière aussi brutale, évidente, scientifiquement prouvée. Cela rend d’autant plus insupportable le peu d’intérêt accordé aux opinions et aux intérêts des jeunes générations par les dirigeants actuels, politiques ou économiques. Le sommet climat de Varsovie, qui s’est achevé il y a quelques jours, n’a pas fait beaucoup plus que de confirmer ce diagnostic.
Et les jeunes ? Ils ont quoi les jeunes ?
Donner aux jeunes une place particulière, qui leur permette de faire entendre leur voix sur les enjeux écologiques – comme sur d’autres –, n’est de fait pas vraiment un réflexe dans une majorité de démocraties. Certaines, comme la Hongrie, ont mis en place des médiateurs (ou ombudsman) chargés de représenter les intérêts des générations futures. D’autres, comme Israël, ont créé des commissions parlementaires dédiées à ce thème. Enfin, les pays les plus aventureux ont laissé aux jeunes le soin de se représenter eux-mêmes, comme la Belgique, qui s’est dotée de trois Conseils de la Jeunesse (francophone, néerlandophone et germanophone) consultatifs.
Aucune de ces expériences n’a fourni les résultats attendus. L’ombudsman hongrois a été dissous dans un portefeuille, plus flou, de Commissaire aux Droits fondamentaux. La commission israélienne, jugée inutile, inefficace et dispendieuse a été dissoute. Quant aux Conseils de la Jeunesse belges, ils sont encore trop souvent le théâtre de luttes d’ambitions et de divisions linguistiques entre jeunes.
Cela signifie-t-il qu’il faut jeter l’éponge ? Assurément non, car répondre aux enjeux écologiques demande créativité, dynamisme et capacité à réinventer nos modèles. Autant d’atouts dont dispose une jeunesse de plus en plus connectée, développant lentement mais sûrement la conscience globale dont nous avons besoin pour faire face à un défi qui l’est tout autant. Faire confiance aux jeunes pour apporter des solutions à des problèmes qui les concernent en premier lieu, c’est aussi apprendre à leur faire confiance…tout court. Et en faire ainsi un réflexe pour tous les sujets (ils sont nombreux !) sur lesquels la jeunesse a des choses à dire, et des solutions à apporter. Pour renforcer la participation locale ou insuffler un peu de vie dans la construction européenne, cette confiance sera précieuse. Cela montre que pour reconnecter les jeunes et la démocratie, un changement de mentalités doit précéder les arrangements institutionnels.
Comment changer ?
Ce changement doit d’abord venir des jeunes eux-mêmes. Nos parents et grands-parents ne connaissaient pas, ou peu, les conséquences que pouvaient avoir leur mode de vie sur la planète et, par là, sur ses habitants. S’il est vrai que l’éducation aux enjeux environnementaux reste un chantier inachevé, nous sommes tout de même la première génération à être aussi bien informés par une science climatique aux fondements indiscutables – et qui plus est régulièrement bombardés, en direct et en continu, par des images de catastrophes. Nous n’aurons pas l’excuse de dire : « nous ne savions pas ». Faisons donc entendre sur la place publique notre refus d’être une « génération perdue », pour l’emploi, pour la démocratie, et pour la planète. Saisissons bulletin de vote, portefeuille ou mégaphone pour faire comprendre à nos aînés qu’un mode de vie différent ne nous effraie pas. Demandons des emplois verts et décents, qui nous fassent vivre aujourd’hui sans nous condamner demain.
Pour tout cela, faut-il encore pouvoir bénéficier d’une oreille attentive. Les occasions ne manqueront pas pour que nos dirigeants puissent envoyer des signaux forts en direction de la jeunesse – plus forts qu’une maigre enveloppe européenne de 6 milliards, et des sommets à répétition pour l’emploi des jeunes. De quelle action climatique les Etats du monde entier dessineront-ils le contour jusqu’au sommet de Paris, en 2015 ? De quel cadre énergie-climat l’Union Européenne se dotera-t-elle à l’horizon 2030 ? Quel ambitieux programme sera proposé durant les élections européennes pour permettre aux jeunes de bénéficier des retombées de la transition écologique ? Beaucoup de questions, auxquelles les jeunes français et européens attendent des réponses fortes. Et l’opportunité d’y apporter eux-mêmes les leurs.
Juliette Decq et Antoine Ebel