Gérard Magnin est le fondateur et délégué général d'Energy Cities, une association née en 1990 qui réunit un millier de villes de 30 pays pour accélérer la transition énergétique en fertilisant les liens entre énergies et territoires. Il a précédemment travaillé comme délégué régional de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) en Franche-Comté. Il sera avec nous le 9 décembre après-midi pour les débats du DD.
Votre association accompagne les villes dans la réponse aux engagements européens sur l'énergie d'ici 2020, mais comment concilier temps politique et urgence écologique aujourd'hui ?
Selon mes observations, les villes qui arrivent à concilier des deux dimensions ont su construire des consensus sur le long terme autour d’une vision. A Freiburg par exemple on a l'impression que c'est seulement une action d'écologistes. Mais depuis 30 ans il y a une multitude d'implications et de consensus au niveau politique et sociétal qui dépasse les mandats électoraux. Cela permet – et oblige - de travailler dans la continuité.
Autre exemple: la ville suédoise de Växjö (90 000 habitants) a décidé en 1996 d'être sans énergie fossile d'ici 2010. Depuis, des majorités politiques se sont succédées, mais ont poursuivi cet objectif pour permettre de chauffer la ville avec 84% d’énergies renouvelables. Le consensus est écologique et économique, car utiliser la biomasse de son territoire a du bon pour l’économie et les emplois locaux. Mais la forme d'organisation démocratique est différente de celle que l'on a en France, moins binaire. Les sociétés de consensus sont davantage prêtes à se mettre en ordre de marche... et de marcher dans la même direction.
Croyez-vous en la possibilité de trouver des solutions démocratiques aux défis actuels ?
Trouver des solutions au niveau local et supranational sont des choses différentes. Rio+ 20 a peu ou prou remis les clefs aux autorités locales: devant leur relative impuissance, les Etat se disent que cette échelle, au moins, fonctionne. Il en est de même pour les négociations climatiques. Depuis l’échec de Copenhague, on est dans une spirale perdante, comme vient de montrer la Conférence des parties (COP) de Varsovie. Les Etats défendent leurs intérêts industriels. Les Villes celles des citoyens. Elles s’impliquent.
Dans le débat national sur la transition énergétique, la dimension territoriale de l’énergie a pris de la force. Pourquoi ? Parce qu’au niveau local ou régional, on peut trouver des convergences entre des acteurs très divers qui ont un intérêt à la transition : métiers du bâtiments, agriculteurs, sylviculteurs, gestionnaires de logements, etc. Au niveau national, on a un jeu d'acteurs plus figé sur des positions bien connues. On est face à une dichotomie entre stratégies économico-industrielles nationales et les intérêts des territoires. C'est au niveau de projets locaux qu'il faut arriver à fédérer et décider.
Comment faire évoluer notre système politique pour une meilleure efficacité décisionnelle?
Il faut décentraliser. Il y a une grande tendance maintenant à en parler, mais il faut responsabiliser les acteurs au plus près du terrain, au niveau régional et bien sûr, intercommunal.
La démocratie se construit sur des convergences de vision, de valeurs et d’intérêts de long terme. Il y a urgence à reconstruire nos sociétés qui se délitent avec notre économie. Rapprocher les lieux de production et de consommation peut contribuer à réunir des acteurs territoriaux autour d’objectifs communs. L’énergie est un bon terreau pour cela, car on relie le niveau local (stimuler l’économie et réduire les précarités), le niveau national et européen (réduire les importations énergétiques) et planétaire (réduire les prédations et émissions). Notre société a besoin de retrouver des lieux de convergence.